Le Greffier Noir, enquêtes et faits-divers

Ed Kemper, génèse et parcours d'un serial killer

Par Virginie Ikky,

 

Le 11 novembre 2012

 

 

 

ed kemperEdmund Emil Kemper Jr, 136 de Q.I. et 2 mètres 20 de haut, tueur en série de son état, avait largement les capacités intellectuelles et l'organisation pour ne jamais se faire prendre. Les six meurtres commis sur des auto-stoppeuses avaient été soigneusement planifiés et exécutés. Il avait pris en stop des jeunes filles avec qui il n'avait eu aucun contact préalable, pris  soin de cacher leurs identités et d'éliminer toutes les preuves. Il sévissait dans le secteur de Santa Cruz, à une époque où le taux de criminalité battait des records : John Linley Frazier, Herbert Mullin, le Zodiaque... A cette époque, les jeunes femmes, étudiantes, auto-stoppeuses, fugueuses ou paumées, disparaissaient par dizaines. Personne n'aurait soupçonné Ed Kemper et son physique de géant débonnaire. Mais au début et à la fin de son parcours criminel, le grand Ed n'a pu refréné sa haine contre sa famille. Il a tué ses grands-parents, sa mère et ainsi signé son départ en prison .

 

Ed est né à Burbank en Californie, en 1948, et a grandi auprès de parents qui se déchiraient, avec ses deux sœurs Susan et Allyn, pour finalement se retrouver à 9 ans, à la garde de sa mère, à voir les beau-pères défiler. Sa mère, souffrant de problèmes psychologiques et alcoolique, frappait ses compagnons et divorcera trois fois. La plus grande de ses sœurs, Susan, le frappait également, et sa mère le méprisait ouvertement. Dans la petite maison du Montana, Ed est relégué à la cave pour dormir et développe des troubles sociopathes. Il a peur d'être blessé physiquement par d'autres garçons et se montre incapable de se faire des amis. Il torture et décapite des animaux, grandit démesurément et effraie de plus et en plus se mère et ses sœurs. Sa mère l'envoie vivre chez son père à Los Angeles où il ne s'intègre pas plus. Il échoue finalement chez ses grands-parents paternels Maude et Edmund Kemper, à North Folk, dans une ferme, et recommence à susciter la méfiance de ses grands-parents. Ed ne se fait pas remarquer à l'école et s'occupe avec un chien et une carabine avec laquelle il tire des lapins ou des oiseaux.

 

grands-parents ed kemperA la fin de l'année scolaire 64, il retourne chez sa mère pour y passer l'été, mais revient à la ferme deux semaines après. À son retour, Maude Kemper remarque qu'il a régressé. Il semblait plus sombre, plus sinistre, et maintenant qu'il n'était pas à l'école, il était toujours présent à la ferme. Les fantasmes violents sont effectivement de retour, et cette fois Ed a sa grand-mère en ligne de mire. Maude le ressent et lui confisque les armes. Ed prend ce manque de confiance comme une insulte, et tout l'été, la tension monte petit à petit. Le 27 août 1964, Ed s'assit avec Maude à la table de la cuisine. En levant les yeux, elle s'aperçut qu'Ed avait un regard étrange et effrayant, regard qu'elle avait vu à de nombreuses reprises auparavant. Il s'énervait, et elle lui a dit d'arrêter. Ed prit son fusil et siffla son chien, en disant qu'il allait à la chasse. Maude l'avertit de ne pas tirer sur les oiseaux, et reporta son attention sur son travail. Ed se retourna en sortant de la maison et la regarda à travers la porte grillagée. Il tira une fois, et Maude s'effondra sur la table. Il tira encore, enveloppa sa tête dans une serviette et traîna le corps dans la chambre. Quand le grand-père rentra de l'épicerie, Ed lui tira dans le dos.

 
Confus et agité, il appela sa mère qui lui dit d'appeler le shérif. Il avoua les deux meurtres, disant qu'il avait depuis longtemps planifié le meurtre de sa grand-mère, et qu'il avait tué son grand-père pour le protéger de voir sa femme morte et peut-être d'avoir une crise cardiaque. Ed est incarcéré dans un centre pour délinquants juvéniles. Un psychiatre nommé par la cour diagnostique Ed comme souffrant de troubles paranoïaque et psychotique, et il est envoyé à l'Atascadero State Hospital le 6 décembre1964.

 


ed kemperEd se montre des plus coopératifs dans son traitement, ce qui convainc le corps médical qu'il veut se soigner. En fait, son intelligence lui permet d'assimiler les codes de la psychologie et de se faire passer pour le bon élève. Ed côtoie des individus dangereux, des violeurs dont les récits le fascine. Ses fantasmes sexuels violents deviennent plus complexes et intenses. Et surtout, il prend note des erreurs commises par ses comparses sur les scènes de crimes : témoins ou preuves négligés, attaques sur des femmes qu'ils connaissaient, ou dans un endroit trop public. Il ne partage évidemment pas ses fantasmes avec ses médecins, et passe pour quelqu'un de volontaire, religieux, conservateur, et intelligent. Il est libéré en 1969 et redémarre sa vie dans un collège communautaire près d'Atascadero. Après 3 mois de probation, Ed est libéré du contrôle de l'autorité de la jeunesse, et malgré l'avis des médecins, renvoyé chez sa mère.

 

Ed se retrouve entouré de hippies, alors que lui adopte une coupe courte carrée avec une fine moustache. La Californie et la région de Santa Cruz sont un haut-lieu de la culture flower power et Ed est à l'exact opposé de leurs valeurs. Il est conservateur et admire l'armée et les forces de l'ordre. Il désire d'ailleurs s'engager dans la police mais est trop grand. Quand il veut partir au Viet-Nam, la sanction est la même. Sa mère s'appelle à présent Clarnell Strandberg, et travaille à l'Université de Californie de Santa Cruz. Ses années sans son fils lui ont profité mais les disputes reviennent immédiatement. Il dira plus tard qu'elle le traitait comme un gamin et le harcelait sur des questions futiles comme le nettoyage des dents. Il voulait se socialiser et qu'elle lui présente des filles, et elle lui rétorquait qu'elles étaient trop bien pour lui, qu'il était aussi minable que son père. Il devint terrifié à l'idée d'entamer une vraie relation avec une femme et terriblement frustré.

 

Souvent, il se réfugie dans un bar fréquenté par des service de la police et des shérifs, le « jury room », où il discute des armes et se fait appeler « big ed ». Son premier travail à la voirie lui permet des prendre un logement et de quitter sa mère. Ed est un passionné de moto, mais il boit de plus en plus, a des accidents et s'achète une voiture semblable à une voiture de police banalisée avec émetteur radio, microphone et une grande antenne. Il commence à prendre des auto-stoppeurs et apprend à se comporter avec eux et passer pour une personne de confiance. Il prend plaisir à discuter et rencontrer des gens, mais se met à préparer son véhicule : la porte passager est modifiée pour l'empêcher d'être ouverte de l'intérieur. Les sacs en plastique, des couteaux, des fusils, et une couverture sont peu à peu placés dans le coffre. Ed peaufine son scénario, attend son heure, plus d'un an, jusqu'au 7 mai 1972.

 

Mary Ann Pesce et Anita Luchese étaient étudiantes au Fresno State College, et ont été prises en auto-stop à l'Université de Stanford. Après avoir conduit quelque temps, Ed prit son fusil sous le siège et se gara dans une zone déserte. Il mit Anita dans le coffre de sa voiture pour s'en prendre à Mary-Ann. Il la menotta, lui mit un sac plastique sur la tête, et tenta de l'étrangler. Mais elle parvient à faire un trou dans le sac. Frustré, Ed sortit son couteau et la poignarda à plusieurs reprises. Il poignarda également Anita. Après avoir tourné quelque temps en réfléchissant quoi faire des corps, il emmena le corps de Mary Ann dans son appartement, où il le déshabilla et le disséqua. Il décapita le corps d'Anita. Le corps de Mary Ann fut enterré dans le sac en plastique qu'il avait utilisé pour essayer de l'étouffer. Il garda les deux têtes pendant un certain temps, puis finit par les jeter dans un ravin. Mary Ann sera retrouvée et identifiée en Août. Ni la tête d'Anita, ni son corps n'ont jamais été retrouvés.

 

ed kemperDans la soirée du 14 Septembre 1972, il prend en stop Aiko Koo, une danseuse de quinze ans, d'origine coréenne, qui partait à un cours de danse. Elle en avait assez d'attendre le bus et décida de faire du stop. Aiko panique rapidement mais Ed la convainc qu'il ne lui arrivera rien si elle n'essaie pas d'alerter les badauds. Ed l’étouffe, la sort de la voiture, la pose sur le sol, et la viole. Puis il l'étrangle et la met dans le coffre pour reprendre la route. Tard dans la nuit, il dissèque son corps dans son appartement et disperse les restes dans la nature. Il se rend le lendemain à un entretien avec des psychiatres dans le cadre de sa libération sur parole, avec la tête de sa victime dans son coffre.

 

Ed entreprend en effet de faire effacer son casier judiciaire et donne les apparences d'une réinsertion modèle. Il se fiance même avec la belle sœur de son ancien patron. Mais il ne parvient pas à récupérer d'un accident de moto et le médecin du travail refuse qu’il retrouve son emploi. À court d’argent, Ed doit rendre son logement et revenir chez sa mère, où les disputes recommencent aussitôt. Il boit de plus en plus et perd pied complètement.

 

cynthia schallLe 8 Janvier 1973, Ed achète un pistolet de calibre 22 automatique. Il prend en stop Cynthia Schall et la conduit dans les collines près de Watsonville, où il la force à aller dans le coffre et lui tire dessus. Ed doit à présent composer avec la présence maternelle et cache le corps en attendant le départ au travail pour avoir des rapports sexuels avec le cadavre de Cynthia Schall. Il la dissèque dans la baignoire, en prenant le plus grand soin par la suite à laver toutes les traces. Il enlève la balle de son crâne et enfouie la tête dans le jardin de sa mère. Plus tard, il jette les parties du corps d'une falaise. Cette fois, cependant, le corps est découvert dans les vingt-quatre heures. Ed n'est pas vraiment inquiet. Il a été très prudent.

 

rosalind thorpeDans la nuit du 5 Février 1973, Ed et Clarnell ont une dispute monumentale, et Ed claque la porte de l'appartement, survolté et prêt à frapper. Il prend en stop Rosalind Thorpe et engage une conversation. Puis, il prend une seconde auto-stoppeuse, Allison Liu qui n'avait pas d'appréhension à monter dans la voiture, en voyant Rosalind et l'autocollant UC Santa Cruz de stationnement (que lui avait procuré sa mère). Ed n'arrête même pas la voiture pour faire sa mise à mort. Il attire l'attention de Rosalind sur la vue côté passager, ralentit, et tire dans la tête. Rapidement, il pointe le fusil sur Allison et tire à plusieurs reprises. Contrairement à Rosalind, elle ne meurt pas immédiatement. Il fait un aller-retour à l'appartement, met la voiture dans une allée, et décapite les cadavres dans le coffre. Le lendemain matin, il ramène le corps d'Alice à l'intérieur et a des relations sexuelles avec elle dans sa chambre. Il ramène la tête de Rosalind afin d'en retirer la balle, comme il l'avait fait auparavant avec Cynthia. Il disperse en suite les parties des corps.

 

Le week-end de Pâques, environ un mois après l'assassinat de Rosalind et Alice, Ed décide que le moment est venu de se débarrasser de sa mère. À 5h15 du matin, il prend un marteau et va dans sa chambre. Il la frappe une fois à la gorge, et s'acharne au point d'enlever son larynx. Il joue ensuite au fléchettes avec la tête de sa mère. Il cache son corps dans un placard, nettoie un peu, puis quitte la maison. Ed commence à s'inquiéter, il sera immédiatement soupçonné si le cadavre est retrouvé. Afin d'expliquer l'absence de sa mère, il décide de piéger une de ses amies, et de faire croire qu'elles sont parties en vacances, ce qui sera plus crédible qu'un départ seul de sa mère. Durant l’après-midi, il appelle Sally Hallett, une amie de sa mère, pour l’inviter à dîner mais elle ne répond pas. Sally Hallett rappelle vers 17h, et Kemper l’invite au prétexte de faire une surprise à sa mère. Lorsque Sally Hallett arrive, il l’assomme puis l’étrangle. Il dépose le corps sur son lit, la tête enveloppée d’un sac en papier, et va boire quelques bières. De retour à l'appartement, il décapite le corps de Sally Hallett et s’endort dans le lit de sa mère.

 

Le lendemain matin, il plaça le corps dans le placard de sa chambre et quitta la ville dans la voiture de Sara Hallett. Il roule vers l’est, vers Sacramento, ne s’arrête que pour reprendre de l’essence, des sodas et des amphétamines, va à Reno au Nevada. Il loue une autre voiture et abandonne celle de Sara Hallett à une station service. Dans le Colorado, il est arrêté au cours d'un contrôle de police pour excès de vitesse et paye tranquillement sa contravention. Il ne cesse d'écouter la radio pour vérifier si les cadavres ont été découverts. Après 30 heures de route, épuisé, dans la nuit du 23 avril 1973, il appelle la police de Santa Cruz, et avoue les meurtres qu’il a commis. La police crut d'abord à une blague et ses collègues du "jury room" ne pouvaient croire qu'il fut capable de quoi que ce soit. Il leur indiqua où trouver les corps de sa mère et de Sara Hallett et fut appréhendé par les policiers de Pueblo.

 

ed kemperEd Kemper livra des aveux détaillés des 8 meurtres. À son retour à Santa Cruz, il conduisit les enquêteurs sur les lieux de ses crimes. Son avocat décida de plaider l'aliénation mentale. A l'audience, le Procureur balaya les témoins de la défense, qui venaient soutenir la thèse de l'aliénation mentale. Témoin de l'accusation, le Dr Joël Fort, qui avait passé un peu de temps à examiner Ed durant son séjour à Atascadero, indiqua qu'il n'était pas un schizophrène paranoïde. Il était obsédé par le sexe et la violence, avait besoin d'attention, mais il n'était pas fou. En outre, Fort certifia qu'il tuerait de nouveau s'il était libéré.

 

Après 5 heures de délibéré, Ed Kemper est déclaré coupable de meurtres au premier degré sur l'ensemble des 8 chefs d'accusation. Après un passage par Vacaville, il est envoyé à Folsom pour purger sa peine de réclusion à perpétuité. Il est depuis un bon client pour les études sur les serial killers, et accepte volontiers d'être auditionné par des profilers. Il a fait de nombreuses entrevues avec Robert Ressler du FBI, pour une série d'auditions qui donneront naissance à la discipline du profilage. En 1988, il a participé, avec le célèbre John Wayne Gacy, à une émission TV. Comme toujours, il était loquace, explicite, et faisait preuve de beaucoup de finesse psychologique. Cette coopération n'est cependant pas tout à fait à mettre au crédit de Kemper qui jouit avant tout de son statut de génie du crime et recherche la reconnaissance et la médiatisation. Il s'occupe par ailleurs en faisant la lecture aux aveugles de la prison.

 


 

Ed Kemper a ainsi atteint son but et gagné ses galons de tueur en série. Son raffinement a fait de lui une source d'inspiration pour le personnage d'Hannibal Lecter dans le « silence des agneaux ». Il a depuis acquis le surnom d'ogre de Santa Cruz ou de co-ed killer (co-ed pour co-educationnal college). Une de ses célèbres citations est reprise dans le roman de Bret Easton Ellis, « american psycho », dans la bouche du héros Patrick Bateman :

 

"What do you think, now, when you see a pretty girl walking down the street?"

"One side of me says, 'Wow, what an attractive chick. I'd like to talk to her, date her.' The other side of me says, 'I wonder how her head would look on a stick.'"



Virginie IKKY pour Greffier Noir

















































 

 

 



11/11/2012
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