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Theresa Duncan et Jeremy Blake, unis à la vie à la mort


   

 

En janvier 2008, le magazine VANITY FAIR publie un article intitulé " the golden suicide ", illustré d'une photo d'un couple prenant le soleil de californie, Theresa Duncan et Jeremy Blake. Theresa Duncan s'est suicidé aux médicaments dans l'appartement du couple le 10 juillet 2007. Blake ne l'a pas supporté et l'a rejoint une semaine plus tard. Un fait divers qui prend le pas sur le travail de deux artistes, comme eux-mêmes ont oublié leur art et plongé dans une paranoia dévorante qui aura raison de leur existence. Theresa Duncan disait qu'elle et Blake n'avaient pas passé une nuit l'un sans l'autre depuis les 12 ans qu'ils étaient ensemble. Si inséparable que le site Web artnet.com les appelait "theremy". Un film va prochainement être tourné par Gus Van Sant.



Un dimanche matin brumeux en juillet, un pêcheur au large de la côte de Sea Girt dans le New Jersey découvre quelque chose dans l'eau qui se révèle rapidement être un corps. Sea Girt est petite ville de deux mille personnes très calme. Le pêcheur appelle le garde-côte et le cadavre - nu, gonflé - est ramené. Il ne porte aucune cicatrice ou tatouages, aucun signe de violence. Tout ce qui pourrait être dit de ce corps est que c'est un homme blanc aux cheveux bruns.


Ainsi échoue Jeremy BLAKE, artiste en arts plastiques à qui tout semblait réussir : 35 ans, bel homme et sur le point de devenir célèbre. Il s'est suicidé le 17 juillet 2007, après avoir écrit cette citation de Kafka sur son blog : "Quand tu es face à moi et quand tu me regardes, que peux-tu savoir du chagrin qui est en moi, que puis-je savoir du tien?"


Ce jour-là, le 17 juillet, Blake avait pris le train jusqu'à à la Plage de Far Rockaway beach. Une semaine auparavant, il était retourné dans son appartement de East Village, après avoir vécu à LA. Sur la plage, il s'est déshabillé, a laissé ses vêtements sous la digue en bois et s'est laissé porté vers le large. Une femme a appelé le 911 pour signaler un baigneur en difficulté, on a fait sortir une équipe de plongeurs du NYPD. Mais Jeremy Blake est parti. Son corps est parti vers le sud, jusqu'à Sea Girt.




                             

 

Jeremy Blake a grandi à Takoma Park, une banlieue de Washington. Son goût pour l'art naît très jeune et Blake déclarera: "Je n'ai pas cessé de dessiner depuis l'age de 2 ans". Il obtient son diplôme de l'école de l'Art Institute of Chicago en 1993, puis un master's degree en 1995 du California Institute of the Arts à Valencia.


Après ses études, en 1995, il déménage à New York, où, il s'installe rapidement avec Theresa Duncan, rencontrée précédemment à Takoma Park. De cinq ans son aînée, elle évolue également dans le milieu artistique, écrivant notamment des jeux vidéo pour enfants.


                             

 

Theresa Duncan est née dans la ville du Michigan de Lapeer d'un père avec de sérieux problèmes mentaux. Elle passe une enfance pauvre et solitaire, surtout dans des bibliothèques publiques. Duncan rencontre Blake à un concert de Fugazi, en 1994 - elle venait de commencer un travail à l'agence, IconNicholson. son jeu " Chop Suey ", réalisé tandis qu'elle travaillait à Magnet Interactive à Washington. Duncan avait un style bien à elle : collants en tartan écossais, minijupes pailletées, glam-rock.. Blake termine ses études au California Institute of the Arts à Los Angeles et travaillait comme un retoucheur photographique à New York. Un couple d'artistes parfaits ?


Sauf que la vie de Duncan était plus difficile qu'il n'y paraît. Après le succès de chop Suey, elle avait lancé un autre jeu chez Magnet Interactive, appelé Shoo-fly Pie, et qui se déroulait dans le sud profond des Etats-Unis. Quand un directeur lui a indiqué que le jeu était raciste, Duncan a perdu ses nerfs et est devenu violente. Elle a dû être escortée en dehors du bâtiment. Elle avait une réputation difficile. Un collègue à Magnet interactive disait, "Theresa ment sur tout."



                         

 

Après leur mort, l'image de couple parfait est sérieusement endommagée notamment par Malcom Mac Laren ' "Si nous sommes honnêtes," dit McLaren, "Jeremy était gay. Je ne pense pas que sa relation avec Theresa était sexuelle. Elle était une mère pour lui. Quand je les ai vus à Hollywood, lui était toujours terriblement concerné par le fait que les gens pensent qu'il était pédé ".


Blake commence à travailler en autodidacte le travail numérique qui sera par la suite sa marque de fabrique. Les travaux de Jeremy Blake sont rapidement reconnus et diffusés par les galeries New-Yorkaises. En 1999, la première exposition de Blake, au Contemporain Feigen obtient des critiques dithyrambiques. En une année, il expose à Los Angeles, Cincinatti, Philadelphie, Moscou, Bâle.



  

 

Le blog de Theresa Duncan, The Wit of the Staircase, fait lui l'objet d'un mini culte. Ses jeux vidéo, faits pour des jeunes filles, étaient très réussis : le "Washington Post" loua " chop Suey : "une des meilleures Histoires." Elle collabore avec l'artiste Karen Kilimnik sur un court métrage animé, " the history of glamour ".


Le travail de Blake a aussi tapé dans l'oeil de l'industrie du spectacle. Le couple déménage à Los Angeles en 2001, en particulier parce que Theresa souhaite créer un film, ce qui sera plus facile à Hollywood. Dans les deux villes, le couple conserve une vie sociale intense. La rock star Beck demande à Blake de réaliser un accompagnement DVD à sa chanson, "Round the Bend". Cette année-là, Blake collabore également au film " Punch drunk love " pour lequel il réalise une séquence onirique.


En 2002, il commence son travail le plus connu, la Trilogie Winchester, travail à partir du manoir Sarah Winchester, belle-fille de Oliver Fisher Winchester, fabriquant du fusil du même nom, qui avait construit un manoir-labyrinthe pour échapper aux fantômes des hommes tués par des armes Winchester.



   


En 2005, le producteur de film Bradford Schlei embauche Blake pour diriger un long métrage issu du roman de George Pelecanos, « le Voyage de Nick ». Une vie glamour de beautiful people qui cache une obscurité sous-jacente.


Theresa Duncan est alcoolique. Son projet de film Alice Underground a échoué, chose qu'elle prend très personnellement. Duncan se met à porter des lunettes en interviews, croyant que les cadres de studio la prennent pour une blonde idiote. Finalement, Duncan commence à croire qu'elle est la victime d'une campagne de diffamation organisée par l'Église de Scientologie. Blake, très dépendant de Theresa, la soutient immédiatement et inconditionnellement.


Le couple voyait des Scientologues partout. Leurs voisins à Venice beach trouvent des tracts anti-scientologie sous leurs portes. Les voisins se plaignent. Le couple trouve un chat mort sur leur toit et se perd aussitôt en terrifiantes conjectures. Ils sont finalement expulsés de leur maison et sont obligés de déménager dans un studio de Santa Monica. Le couple demande à ses amis de signer des serments de fidélité disant qu'ils croient au complot et qu'ils n'en font pas partie. Lorsqu'ils refusent, ils sont harcelés d'email haineux. Duncan écrit sur son blog que la scientologie a des liens avec la CIA, l'administration Bush, Lee Harvey Oswald.  Le couple se replie vers new-York.


  


Ils se lient d'amitié avec le pasteur de l'église St Mark, Frank Morales, un activiste qui écrit des articles sur le complexe militaire-industriel pour des magazines comme Covert Action Quarterly et qui est membre du Kennedy Assassination Information Committee. Il était avec Blake quand il a découvert le corps de Theresa le 10 juillet 2007. Theresa Duncan s'est suicidée à leur domicile, par absorption de pilules et d'alcool. Elle a laissé un mot disant « je vous aime tous ». Jeremy, une semaine plus tard, dit qu'il va travailler et se rend sur la plage de rockaway beach dans le Queens.


L'implication de L'église de scientologie n'a pas été prouvée et Beck a toujours fermement nié toute responsabilité. Vous verrez prochainement un film sur Theresa Duncan et Jeremy Blake sur lequel planche actuellement Brett Easton Ellis et Gus Van sant.  Le blog de Theresa est toujours consultable. On peut très nettement y lire un glissement idéologique début 2007 : Un entretien avec Franck Morales est lisible dans la rubrique archives – mai 2007. Le 30 juin 2007, Theresa Duncan écrit un post sur Tom Cruise, intitulé « totalitarian Ambassador ».  A voir absolument également sur internet, le travail époustouflant de Jeremy Blake, notamment le clip de Beck sur Youtube, un pur moment de bonheur..


       




Virginie IKKY








14/11/2009
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