Le Greffier Noir, enquêtes et faits-divers

Aum Shinrikyo, le culte de l'apocalypse

Par Virginie IKKY,

le 20 septembre 2018.

 

Le 6 juillet 2018, la ministre de la justice japonaise, Yoko Kamikawa, a annoncé lors d’une conférence de presse l'exécution par pendaison de Shoko Asahara, leader du culte Aum Shinrikyo, et de six de ses comparses : Tomomasa Nakagawa, Tomomitsu Niimi, Kiyohide Hayakawa, Yoshihiro Inoue, Seiichi Endo et Masami Tsuchiya. Au terme de plusieurs appels, Shoko Asahara avait vu sa sentence confirmée en 2006 et attendait depuis dans les couloirs de la mort, à l'instar de 12 de ses complices impliqués dans plusieurs crimes, dont l'attentat au gaz sarin qui avait provoqué la mort 13 personnes et intoxiqué 6.300 autres. Au total, le culte est tenu pour responsable du décès de 29 personnes et de 6.500 blessés. Le 26 juillet 2018, les six derniers partisans condamnés à mort ont été exécutés.

 

Aum Shinrikyo avait basculé dans le terrorisme en 1995, lorsque ses disciples avaient propagé du gaz sarin dans une rame bondée du métro de Tokyo, faisant d'Aum le premier groupe non-étatique à commettre un attentat par Armes biologiques ou Chimique. Une escalade dans la violence à une échelle jamais vue chez les groupes religieux et/ou sectaires. A ce jour, les actions d'Aum Shinrikyo restent d'une ampleur inégalée. En à peine 10 ans, Shoko Asahara a réuni autour de lui suffisamment de disciples, de moyens financiers et de savoir-faire pour fomenter une campagne de terreur ayant failli déstabiliser l'une des premières puissance mondiale.

 

Aum Shinrikyo est un culte japonais créé par Chizuo Matsumoto (nom de naissance de Shoko Asahara) en 1984. C’est un système de croyance syncrétique qui s'appuie sur des interprétations idiosyncrasiques de Matsumoto à partir :

 

-      d'éléments du bouddhisme indien ancien

-      du bouddhisme tibétain,

-      de l'hindouisme : la déesse Shiva, déesse de la destruction et de la reproduction, sert de symbole au groupement

-      de la bible, notamment l'Apocalypse de Saint-Jean

-      et des écrits de Nostradamus.

 
asahara shiva.jpgLe leader du culte, Chizuo Matsumoto, est né sur l’île de Kyushu en 1955, pratiquement aveugle de naissance, et a reçu une éducation dans une école pour non-voyants. En grandissant, il s'attire des inimitiés et se présente comme un individu difficile, enclin à de violents accès de colère et à des sautes d’humeur, avec pour ambition première de devenir riche et célèbre. Au moment de l’obtention du diplôme d’études secondaires, il avait ainsi amassé quelques trente mille dollars grâce aux bourses accordées par le gouvernement aux handicapés ainsi qu’en arnaquant des camarades de classe.

 

En 1978, il se marie avec Tomoko Ishii et se lance dans le domaine des médecines alternatives.

 

En 1982, il est arrêté pour vente de traitements médicamenteux contrefait dans une clinique d’acupuncture qu’il avait créée, où ses patients étaient traités par le yoga et l'ingestion des remèdes phytothérapiques douteux.

 

En 1984, il créée Aum Inc. ainsi que sa première entreprise baptisée l’Association Aum des Magiciens de la Montagne, gérant une école de yoga à Tokyo dans un petit appartement.

 

La même année, Shoko Asahara se rend dans l’Himalaya à la recherche d’une révélation et revient en affirmant être doté de capacités et de pouvoirs mystiques. Sa force de persuasion rencontre un écho favorable à Tokyo où ses écoles de yoga prospèrent, ce qui lui permet d’étendre son activité en réinvestissant les profits dans l’ouverture de nouvelles écoles dans l’ensemble du Japon. Le nombre de membres continue de s’accroître et c'est ainsi que les écoles de Shoko Asahara deviennent une sorte de sanctuaire pour étudiants et hommes d’affaires cherchant à prendre des distances à l’égard de la vie stressante inhérente à la société japonaise contemporaine.

 

Le message d’Aum attira rapidement un nombre significatif de fidèles issus de l’intelligentsia japonaise, d'intellectuels ainsi que de jeunes adultes. Shoko Asahara était invité à donner des conférences dans de prestigieuses universités. La stratégie de recrutement se concentrait en priorité sur des professionnels qualifiés dans les domaines de la physique, de la chimie et de la biologie, et ce afin de servir les visées du leader du culte, dont le message prenait de plus en plus une tournure apocalyptique, en particulier après l'échec électoral de début 90.

 

En janvier 1990, Shoko Asahara annonce publiquement que lui-même et vingt-cinq de ses condisciples seraient les candidats du Shinritô (Parti de la Vérité) aux élections qui doivent avoir lieu le mois suivant. Les candidats vont alors à la rencontre des électeurs, défilent dans les rues, organisent des meetings, mais sans programme politique bien clair, essuient un échec cuisant.

 

A partir d'avril 1990, Shoko Asahara commence à prêcher auprès de ses disciples la nécessité d'une mort massive et sans discrimination, présentée comme seule solution pour sauver l'humanité puisque, ainsi, l'âme des morts pourra se réincarner à un niveau supérieur. La doctrine se développe de telle manière qu'elle appelle à combattre ceux qui s'opposeraient à l'organisation religieuse.

 

Nostradamus apparaît alors comme un personnage central dans les discours et dans les textes du leader qui annonce la fin prochaine du monde. Shoko Asahara se livre lui aussi à des prédictions :  il affirme qu'Aum est prête à assumer son rang de religion la plus élevée du monde et prédit qu'elle sera attaquée par la police. Les références à l'Apocalypse, à Nostradamus, et à Armagedon se font de plus en plus pressantes. Selon Asahara, seuls seront sauvés les shukke les plus élevés spirituellement ( shukke peut se traduire par moine ). Il leur faudra recevoir, outre un enseignement spirituel poussé, un entraînement physique et psychologique adapté pour résister aux armes qui seront utilisées lors de la Troisième Guerre mondiale annoncée.

 
le leader et des disciplesLes rites se font plus sévères, les pratiques plus dures. Pour être sauvés, les disciples doivent avoir atteint un haut niveau spirituel. Pour atteindre l'Illumination, il faut se détacher du monde réel, le rejeter par la méditation. Un casque à électrodes censées relier les ondes émises par le cerveau de Shoko Asahara au porteur du casque, devait permettre aux plus chanceux d'atteindre le même état de méditation que celui du maître.

 

Diverses techniques fondées sur la psychologie sont également utilisées, si bien que de nombreuses associations, des médias et des personnalités dénonceront par la suite une dérive sectaire avec des pratiques de lavage de cerveaux.

 
complexe d'aum.jpgLe culte acquiert, à partir de 1989, des terrain situés sur la commune de Kamikuishiki, à une centaine de kilomètres de la capitale. La surface totale acquise est de 48 000 m², l'ensemble formant un véritable complexe. Entre 1989 et 1994, trente bâtiments seront construits. De nombreux shukke résident sur le site. L'ensemble de la propriété sera évalué à cent millions de yens.

 

La communauté religieuse installée à Kamikuishiki y vit à l'écart du monde. Les shukke produisent eux-mêmes l'essentiel de leur alimentation et les enfants sont éduqués sur place. Après l'attentat de Tokyo, cinquante-trois enfants âgés de deux à quatorze ans, seront retrouvés à Kamikuishiki. La police en placera quarante-quatre dans des institutions spécialisées de protection juvénile, les autres, c'est-à-dire une toute petite minorité, ayant été recueillis par des membres de leur famille.

 

Shoko Asahara ordonna que l’organisation du culte se calque sur celle du gouvernement japonais afin de prévoir  une structure organisationnelle familière pour gouverner le "nouveau monde d’Aum" :

 

Dirigeant d’Aum : Shoko Asahara.

Ministère des Nouveaux Croyants Est : Eriko Iido.

Ministère des Nouveaux Croyants Ouest : Kazuko Tozawa.

Ministère de la Construction : Kiyode Hayakawa : n° 2 d’Aum.

Ministère des Sciences et de la Technologie : Hideo Murai diplômé en physique spatiale

Ministère de la Défense : Tetsuya Kibe : responsable de la sécurité ; ainsi que Kiyode Nakada, ancien Yakusa, qui s’occupe du maintien de l’ordre et qui commande l’Équipe d’Action.

Ministère de la Santé : Seiichi Endo : a étudié l’ingénierie génétique à l’École des Hautes Études de l’Université de Kyoto, et s’est spécialisé dans les domaines de la génétique et de la médecine.

Ministère de l’Intelligence : Katsuhiro Inoue.

Ministère de la guérison : Ikuo Hayashi : physicien-chef à l’hôpital d’Aum, diplômé du département de médecine de l’Université de Keio.

Ministère des Finances : Hisako Ishii.

Ministère des Affaires légales : Yoshinobu Aoyama : diplômé du Département de Droit de l’Université de Kyoto.

Ministère des Postes et Télécommunications : Kazuko Matsumoto : femme de Shoko Asahara.

Ministère de l’Éducation : Shigeru Sugiura.

Ministère des Relations publiques : Hirofumi Joyu : diplômé de l’Université de Waseda, spécialisé dans l’intelligence artificielle.

Unité des Armes chimiques : Masami Tsuchiya : doctorant en chimique organique à l’Université de Tsukuba.

Secrétariat à l’Intérieur : Reika Matsumoto : fille de Shoko Asahara.

 
aum_shinrikyo_article.jpgLes étudiants cherchant à entrer dans la secte étaient encouragés à poursuivre des études dans le domaine de la physique, de la chimie et de la biologie. Les informaticiens, avocats, médecins, policiers constituaient des recrues de choix. Ces membres étaient incités à céder tous leurs biens personnels à Aum. L’organisation était également présente au Japon, en Russie et aux USA, sous la marque de commerce du nom de Maha Posya Inc.

 

Le culte a commencé à susciter la controverse à la fin des années 80 suite à des accusations d'abus de faiblesse, de séquestration et d'extorsion ; L’avocat anti-secte, Tsutsumi Sakamato, qui menaçait le culte d’une action en justice, le paya de sa vie.

 

En 1989, il représente les intérêts de familles qui attaquent le culte soit parce qu'elles sont sans nouvelles de leurs proches devenus shukke, soit parce qu'elles souhaitent récupérer des sommes qu'elles jugent indûment données au culte. Sakamoto avait mené son enquête et se trouve, fin 1989, l'un des rares à connaître les pratiques du groupement. La chaîne de télévision TBS enregistre une interview de l'avocat. Les dirigeants d'Aum, probablement informés de l'existence de cet enregistrement par un disciple travaillant au sein de TBS, se rendent dans les locaux de la chaîne de télévision, se font projeter en privé l'interview et obtiennent la déprogrammation de l'émission. Les dirigeants planifient ensuite l'enlèvement de l'avocat. Après avoir raté leur cible à plusieurs reprises, en novembre 1989, ils kidnappent Tsutsumi Sakamoto, sa femme et son fils alors âgé d'un an. Les victimes sont emmenées à Kamikuishiki où les deux adultes sont étranglés et l'enfant étouffé. Les disparitions sont immédiatement signalées à la police.

 
Sakamoto_family.jpgLes collègues du cabinet d'avocats de Sakamoto soupçonnent le groupe religieux. Des mouvements fortement opposés à Aum Shinrikyo dénoncent également publiquement l'organisation. Une journaliste, Egawa Shôko, publie début 1991 un des tout premiers articles critiques : elle y relate la disparition de la famille Sakamoto et ses doutes sur l'implication d'Aum Shinrikyo, dénonçant notamment le rapport du culte à l'argent. Les collègues de Sakamoto organisent des rassemblements dans tout le pays. L'opinion publique est en train de se retourner. Le culte bascule définitivement dans la violence politique.

 

En juillet 1993, une tentative de provoquer une épidémie de la maladie du charbon échoue : des adeptes ont tenté de disséminer des spores d’anthrax dans une tour de refroidissement depuis le toit du siège tokyoïte d'Aum Shinrikyo. L'attaque a provoqué un grand nombre de plaintes concernant de mauvaises odeurs, mais aucune infection.

 

À la fin de 1993, le culte démarre en secret la fabrication de l’agent neurotoxique Sarin et, plus tard, du gaz VX. Le sarin est une substance inodore, incolore et volatile, de la famille des organophosphorés, neurotoxique pour l'homme et l'animal. Même à très faible dose, il peut être fatal. On estime qu'il est environ 500 fois plus toxique que le cyanure. Il passe facilement la barrière des poumons et est absorbé par la peau, d'où il passe directement dans le sang. Quand il ne tue pas, il laisse de graves séquelles neurologiques. Le VX est un agent innervant organophosphoré de la famille des phosphonothioates. Il s'agit d'une version plus mortelle du sarin. Les symptômes et le mode d'absorption sont les mêmes que pour le sarin, à savoir l'inhalation et le contact cutané. Seule différence : il peut se répandre dans l'air et dans l'eau.

 

Après avoir testé son sarin sur des moutons, le culte l'utilise à partir de 1994. Le sarin et le VX ont tous deux été utilisés dans plusieurs assassinats et tentatives entre 1994 et 1995.

 

En décembre 1994 et janvier 1995, Masami Tsuchiya, le dirigeant de la section armes chimiques d'Aum Shinrikyo, a synthétisé 100 à 200 grammes de VX qui ont été utilisés pour attaquer trois personnes. Deux personnes ont été blessées et un homme de 28 ans a été tué. La victime, que Shoko Asahara soupçonnait d’être un espion, a été attaquée le 12 décembre 1994 à 7 heures du matin, dans une rue d’Osaka par deux disciples d'Aum, qui ont aspergé l’agent neurotoxique sur son cou. Les médecins de l'hôpital soupçonnaient à l'époque qu'il avait été empoisonné par un pesticide organophosphoré. Mais la cause du décès n’a été établie que lorsque des membres du culte furent arrêtés pour l’attaque du métro de Tokyo en mars 1995 et avouèrent le meurtre.

 

En février 1995, plusieurs membres ont enlevé Kiyoshi Kariya, le frère d'un membre du culte qui s'était échappé, et l'ont emmené dans le complexe de Kamikuishiki, où il a été tué. Son corps a été détruit dans un incinérateur à micro-ondes.

 

En mars 1995, la police prévoyait de faire des descentes simultanées à travers le Japon. Les procureurs ont par la suite prétendu que Asahara avait été averti et qu'il avait ordonné l'attaque du métro de Tokyo pour détourner la police de sa mission. Le 20 mars 1995, lors de cinq attaques coordonnées, sur les lignes Chiyoda, Marunouchi et Hibiya du métro de Tokyo, un membre de chaque équipe perce un sac posé au sol contenant des poches de sarin sous forme liquide avec la pointe d'un parapluie, laissant le gaz s'évaporer et se diffuser dans les cinq rames bondées à l'heure de pointe, 8 heures du matin.

 

Cet attentat tue douze personnes, en blesse gravement cinquante et cause des problèmes temporaires de vision à près d'un millier d'autres. Le bilan, relativement léger vu l'extrême toxicité de cette substance, serait dû à la mauvaise qualité du produit, très difficile à synthétiser. Cela n'empêche que certaines victimes sont paralysées à vie, d'autres restant dans le coma des dizaines d'années. C'est le plus grave attentat commis au Japon depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

 
complexe chimique aumAu cours de la semaine suivante, l’ampleur des activités d’Aum est révélée au grand public. Au siège du culte à Kamikuishiki, la police trouve des explosifs, des armes chimiques, un hélicoptère militaire russe, des laboratoires pour fabriquer des drogues telles que le LSD, la méthamphétamine et une forme brute de sérum de vérité, un coffre contenant des millions de dollars américains en espèces et en or et des cellules, dont beaucoup abritaient encore des prisonniers. Au cours des six semaines suivantes, plus de 150 membres du culte ont été arrêtés.

 

Le 30 mars 1995, Takaji Kunimatsu, chef de la police nationale, a été abattu de quatre balles près de son domicile à Tokyo et a été grièvement blessé. Malgré de forts soupçons sur Aum, personne n'a été inculpé. Le 23 avril 1995, Hideo Murai, chef du ministère des Sciences à Aum, a été poignardé à mort devant le siège tokyoïte du culte, au milieu d’une centaine de journalistes, devant des caméras. L'assaillant, un membre coréen de Yamaguchi-gumi, une famille Yakusa, a été arrêté et a reconnu coupable du meurtre. Il devait s'agir d'un homme de main.

 

Dans la soirée du 5 mai, un sac en papier, enflammé, a été découvert dans un toilette de la gare de Tokyo. Après examen, il s’est avéré qu’il s’agissait d’un dispositif au cyanure d’hydrogène qui, s’il n’avait pas été éteint à temps, aurait libéré suffisamment de gaz dans le système de ventilation pour potentiellement tuer 10 000 personnes. Le 4 juillet, plusieurs dispositifs à cyanure non neutralisés ont été trouvés à d’autres endroits dans le métro de Tokyo.

 
arrestation de shoko asahara.jpgShoko Asahara a finalement été retrouvé caché dans le complexe de Kamikuishiki le 16 mai et  arrêté. Le même jour, le culte a envoyé un colis piégé au bureau de Yukio Aoshima, le gouverneur de Tokyo, blessant gravement sa secrétaire.

 

Shoko Asahara a été accusé de 23 chefs d’assassinat et de 16 autres infractions. Il a abandonné son poste de chef de l'organisation et maintenu le silence, refusant de communiquer même avec les avocats et les membres de sa famille. Le procès, qualifié de "procès du siècle" par la presse, a abouti à la condamnation à mort d'Asahara pour avoir organisé l'attaque du métro.Un certain nombre de hauts responsables, tels que Masami Tsuchiya, ont également été condamnés à la peine capitale.

 

Le 10 octobre 1995, Aum Shinrikyo a été déchu de son statut officiel "d'entité juridique religieuse" et a été déclaré en faillite au début de 1996. Le groupe se maintient grâce la garantie constitutionnelle de la liberté de religion, mais sous surveillance stricte. Les tentatives visant à interdire le groupe en vertu de la loi sur la prévention des activités subversives de 1952 ont été rejetées par la Commission d'examen de la sécurité publique en janvier 1997.

 

Le groupe a subi plusieurs transformations à la suite de l'arrestation et du procès d'Asahara. Pendant une brève période, les deux fils d'Asahara l'ont officiellement remplacé, le culte changeant de nom pour "Aleph" en février 2000, et de doctrine. Le groupe s’est également excusé auprès des victimes de l’attaque au gaz sarin et a créé un fonds spécial d’indemnisation. Fumihiro Joyu, l’un des rares dirigeants du groupe d’Asahara qui n’a pas fait l’objet d’accusations graves, est devenu responsable officiel de l’organisation en 1999. Très récemment, en 2017, un nouveau raid de la police avait lieu en raison d'une plainte d'une ex-disciple qui aurait payé de fortes sommes pour des séances d'étude.

 

La peine de mort au Japon est "règlementée" depuis une décision de 1983 de la Cour suprême, qui estime qu'elle ne peut s'appliquer que « lorsque la responsabilité de l'auteur du crime est extrêmement grave et que la peine maximale est inévitable du point de vue de l'équilibre entre le crime et le châtiment ainsi que du point de vue général de la prévention ». Elle définit, dans cette décision, les  « critères de Nagayama » selon lesquels les juges doivent prendre leur décision, soit :

 

  1. la nature du crime ;
  2. le motif du crime ;
  3. les modalités du crime, en particulier la persistance et la cruauté du moyen de mise à mort ;
  4. la gravité des conséquences du crime, en particulier le nombre de victimes tuées ;
  5. les sentiments des proches en deuil ;
  6. les effets sociaux du crime ;
  7. l'âge du criminel ;
  8. les antécédents de l'auteur du crime ;
  9. les circonstances qui suivent l'accomplissement du crime.

En pratique le nombre de victimes est de loin le critère le plus important dans la détermination de la peine. Le Japon exécute les condamnés par pendaison.

 

Les condamnés sont avertis de leur exécution le jour même. Juste avant son exécution, le condamné rencontre un religieux avec qui il peut parler. Il peut éventuellement prendre un dernier repas, écrire une lettre ou un testament mais le temps est limité. Il est ensuite menotté et ses yeux sont bandés. Un rideau qui cachait l'échafaud est alors ouvert, on lui attache les pieds et passe la corde au cou. L'ouverture de la trappe précipitant le condamné dans le vide est actionnée par trois ou cinq boutons que les surveillants doivent presser en même temps. Un seul de ces boutons fonctionne.

 

Peu d'informations ont circulé sur les conditions de détention de Shoko Asahara, astreint au même régime d'isolement que les autres condamnés à mort japonais. Seul un document de 2015 précisait qu'un psychiatre n'avait détecté aucun trouble de la personnalité.

 

 

Virginie IKKY le 20 septembre 2018 pour le Greffier Noir.

 

 

 

 

Sources principales de cet article :

 

 

Reuters

 

- Sylvaine Trinh, « Aum Shinrikyô : secte et violence (Partie 1 à 3) », Cultures & Conflits 29-30, automne-hiver 1998, mis en ligne le 16 mars 2006.

 

- "Comment le Japon continue d’appliquer secrètement la peine de mort", les Inrocks, novembre 2017 :

 

- Wikipédia

 

- The Independent

 

 

 

 

 

 



20/09/2018
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