Le Greffier Noir, enquêtes et faits-divers

Affaire Claude Hermant : qui a grenouillé Abdelaziz E. ... et quelques autres ? (en flânant sur la piste des armes de Charlie Hebdo, les noyés de la Deûle)

Par Alexis Kropotkine, le 16 février 2017.

« L'immobilité, ça dérange le siècle. C'est un peu le sourire de la vitesse... »
Léo Ferré, Il n'y a plus rien (1971)

 

 

amedy coulibaly video de revendication 10 janvier 2015Dans la carrière de Claude Hermant, les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hypercasher de la Porte de Vincennes sont une apothéose tragique. Le fournisseur présumé de l’arsenal d’Amedy Coulibaly, accessoirement indicateur appointé de la gendarmerie et des douanes, mis en examen et incarcéré à Lille depuis le 20 janvier 2015 pour trafic d'armes en bande organisée, connaît grâce à cette affaire une célébrité internationale qui l'assure d'ores et déjà d'une postérité flamboyante (et inespérée), si ce n'est chez les historiographes des services spéciaux, en tout cas chez les amateurs de romans noirs.
Nous ne reviendrons pas ici sur l'histoire maintes fois racontée de la barbouze des Hauts de France, qu'il s'agisse de son passage par le service d'ordre du FN, le DPS, dans les années 1990, de la vraie fausse tentative de coup d’État organisée par Pierre Oba dans le Congo de Denis Sassou N' Guesso  - épisode qui lui valut ses premiers déboires judiciaires et médiatiques sérieux - ou de la chronique des incidents ayant accompagné son retour sur la scène politique radicale lilloise en 2009.

Les carrefours dans la vie de Claude Hermant sont nombreux. Et sur beaucoup de ces carrefours se dressent des calvaires. Là où le Greffier Noir vous emmène aujourd'hui gît Abdelaziz E., découvert inanimé dans les eaux de la Deûle. Une affaire dans laquelle Claude Hermant avait été entendu et brièvement suspecté, un concours de circonstances ayant amené sa voiture personnelle sur les lieux du crime, un soir de décembre 2009.
Christophe Dubroeucq , le proche de Claude Hermant interpellé au volant du véhicule la nuit des faits, avait de son côté été mis en examen pour meurtre et recel de cadavre. Laissé libre sous contrôle judiciaire, il a été arrêté 3 mois après les attentats du 7-9 janvier en possession d'armes neutralisées et écroué en République tchèque où la justice l'a condamné à 14 mois de prison, son complice, Jérémy O. écopant quant à lui d'une peine de prison avec sursis.


Aux sources des déboires judiciaires de Christophe Dubroeucq : l'affaire de la malle macabre.

(certains noms ont été volontairement occultés par l'auteur.)

la-femme-noyee-510be5d7.jpgL'histoire de la malle macabre commence le 4 décembre 2009, lorsque des promeneurs signalent la présence d'un cadavre, gisant dans une malle, le long du canal de la Deûle, à une dizaine de kilomètres de Lille. Les enquêteurs dépêchés sur place ne retrouvent ni malle, ni corps mais interpellent néanmoins à proximité des lieux décrits par les témoins Christophe Dubroeucq.
L'homme, âgé d'une quarantaine d'années, en possession d'outils, d'une lampe frontale et venu sur place à bord du véhicule de Claude Hermant, explique dans un premier temps être parti à la recherche de son chien. En l'absence d’éléments à charge, rien ne corroborant les dires des témoins sinon un carré d'herbe couché à l’endroit où la malle aurait été aperçue, Christophe Dubroeucq est relâché.

L'affaire rebondit le 18 mars 2010 avec la découverte du corps d’Abdelaziz E. à quelques mètres du site inspecté 3 mois plus tôt. L'homme, connu de la justice pour proxénétisme, était porté disparu par son ex-femme depuis le 5 décembre.
Si l’autopsie n'a pas permis de déterminer les causes de la mort, elle établit en revanche que le corps, immergé durant plusieurs mois, était protégé des prédateurs et du passage incessant des péniches, confortant ainsi le lien que les enquêteurs subodoraient entre la disparition d'Abdelaziz E. et l'affaire de la malle macabre.
Les nouvelles recherches lancées en mars et avril dans l'espoir de retrouver la malle vont s’avérer vaines malgré l'importance des moyens mobilisés.
Quant aux auditions des mis en cause, elles n’éclaircissent qu'a minima le déroulement de la soirée. Si Christophe D. reconnaît finalement que le soir du 4 décembre 2009, il avait bien rendez-vous près du chemin de halage avec Abdelaziz E. , il affirme que ce dernier ne s'est jamais présenté.
Mis en examen pour meurtre et recel de cadavre, Christophe Dubroeucq est toutefois laissé libre sous contrôle judiciaire, le juge estimant les éléments à charge trop ténus pour justifier une mesure de détention provisoire.

L'instruction était sur le point de se terminer lorsqu’a éclaté le scandale des armes du 7-9 janvier 2015.
Claude Hermant n'ayant jamais été mis en cause directement dans l'affaire de la malle macabre, sinon pour avoir prêté son véhicule le soir des faits au principal suspect, rien n’autoriserait le rapprochement des 2 dossiers... si n'était survenue l'arrestation en République Tchèque en avril 2015 de Christophe Dubroeucq, en possession d'armes neutralisées.



Une nouvelle interpellation de Christophe Dubroeucq relance le bastringue...

Le drapeau de la République tchèqueLe 16 avril 2015 Christophe D. est interpellé, en compagnie de Jeremy O. à la frontière tchécoslovaque, près de Starý Hrozenkov. Il transporte dans son véhicule un arsenal conséquent, acheté en Slovaquie chez AFG, une entreprise déjà au centre de l’enquête sur les attentats contre Charlie Hebdo puisque c'est auprès d'elle que Claude Hermant avait commandé les armes impliquées dans les tueries du 7, 8 et 9 janvier ; crimes à la suite desquels AFG avait suspendu ses ventes par internet, les acheteurs étant invités à réaliser leurs achats dans les locaux de la société en Slovaquie.

Les armes saisies en avril 2015, 4 Skorpio 61 et 3 Uzi, ont été achetées à l'aide d'une pièce d'identité marocaine retrouvée en possession des 2 hommes et dont la provenance n'a jamais été élucidée.

Le tribunal régional de Zlin a condamné Christophe Dubroeucq, en 1ère instance, à 14 mois de prison ferme et 5 ans d'interdiction du territoire tchèque, peine confirmée en appel. Jérémy O. a lui été condamné à 1 an de prison avec sursis, 3 ans de mise à l'épreuve et 5 ans d'interdiction du territoire. La justice tchèque n'a visiblement pas été convaincue par les explications de Christophe D. qui prétendait que ces armes étaient destinées à " ouvrir et clôturer des parties de paintball ". Selon les expertises balistiques versées au dossier d'instruction et citées par la presse tchèque, "il aurait suffi de charger et de tirer une unique balle pour rendre pleinement opérationnelles ces armes de guerre", neutralisées selon la loi slovaque particulièrement laxiste en la matière.
 
L'interpellation de Christophe D., fortuite et sans lien, aucun, avec les attentats du 7-9 janvier d'après les sources de La Voix du Nord, est toutefois digne d’intérêt tant les coïncidences entre toutes ces affaires sont nombreuses, et même « troublantes » dirions-nous si l'expression n'était si galvaudée.
D'autant que la personnalité de la victime aperçue dans la malle macabre en décembre 2009 - une affaire où nous allons retrouver certains des protagonistes de janvier 2015 - n'était pas anodine.


Le passé d'Abdelaziz et le chemin d'Anvers.

Abdelaziz E. , présenté par son ex-femme comme un père attentionné et ponctuel - c'est après une visite manquée à ses enfants qu'elle avait lancé l'alerte dès le 5 décembre-, n'était ni un féministe, ni un humaniste. Cet habitant de Mons-en-baroeul avait été condamné en décembre 2003 pour proxénétisme  dans une sordide affaire de traite des êtres humains, jugée à Lille. En compagnie de Mohammed B. et de deux autres complices, il avait acheté entre la fin des années 1990 ou le début des années 2000 en Belgique des prostitués à des mafieux albanais, et les avait installées sur les trottoirs lillois, à deux pas du palais de justice (Le Parisien).
Les jeunes femmes, toutes originaires des pays de l'Est, avaient été dans un premier temps exploitées à Anvers avant d'être vendues par leurs souteneurs albanais suite à un arrêté du bourgmestre de la ville interdisant la prostitution des ressortissantes extra-européennes.
Le train de vie des « acheteurs » et partant nouveaux proxénètes lillois - sans antécédents connus avec le milieu selon les enquêteurs interrogés à l'époque par Le Parisien - atteste de la rentabilité de l'investissement : les albanaises, achetées 50 000 fr,  accoutumées à un niveau de violence difficilement dicible, assuraient en moyenne de 20 à 30 passes par nuit, 70% à 80% de leur chiffre d'affaires revenant à leurs souteneurs.
Abdelaziz E., Mohammed B. et leurs complices ont été interpellés en novembre 2001, puis condamnés en 2003. Nul ne sait ce que sont devenues les albanaises d'Anvers, rapidement remplacées sur les trottoirs lillois par des prostituées d’origine africaine.

Personne ne connaît non plus les raisons de la mort sordide d'Abdelaziz E., six ans plus tard, le long d'un chemin de halage.

Anvers, la ville où des Hell's Angels ont découvert le Kanun

Hells Angels logoLorsque survient le démantèlement du réseau d'Abdelaziz E. en novembre 2001, la traite des êtres humains est dominée en Belgique par la mafia albanaise qui, comme nous allons le voir, s'est associé à Anvers avec les Hell's Angels pour écarter ses concurrents du marché de la prostitution ; Hell's Angels eux-mêmes connus, ainsi que d'autres bandes de motards criminalisées, pour accueillir dans leurs rangs des militants de la droite nationaliste autonome parmi les plus radicaux.

Au nombre des facteurs ayant rendu possible l'hybridation assez unique constatée à Anvers, et plus généralement en Belgique, entre Hell's Angels et représentants de la mafia albanaise, deux ont probablement joué un rôle déterminant  : tout d'abord des activités polycriminelles convergentes (production de cannabis, trafic d'armes, traite des être humains) ; ensuite, une codification des relations criminelles et sociales par le Kanun en phase avec l'univers mental des membres les plus durs des Bandes de Motards Criminalisées.

Selon un document public de synthèse co-produit par le service judiciaire de la police fédérale de la ville de Verviers (Belgique), qui a consacré une minutieuse étude à l'implantation des clans albanais dans son arrondissement, les premiers groupes sont arrivés « en Europe occidentale, notamment en Belgique, après la chute du régime d'Enver Hoxha (1991). Dans la décennie 1990, un milieu criminel albanais s'est ainsi discrètement développé dans les grandes villes belges (Bruxelles, Anvers) ». Lorsque le flux migratoire des Albanais (Albanie, Kosovo, Macédoine) s'est accentué pour atteindre son maximum en 1998-1999 lors de la guerre au Kosovo, la mafia albanaise, initialement active dans la traite des êtres humains et la prostitution, a saisi cette opportunité pour diversifier ses activités en s'orientant aussi « vers les vols organisés, les trafics de drogue, d'armes et le racket »
Son emprise sur le milieu belge est telle au début des années 2000 que le pays est considéré par les plus pessimistes comme « la vitrine de la mafia albanaise en Europe. »
La chercheuse Hermine Bokhorst qui s'est intéressée au sort des prostitués exploitées dans les réseaux albanais, notamment en France et en Belgique, constate qu'à cette époque « l'Albanie, où le trafic d'êtres humains a longtemps été minimisé, voire nié par les autorités politiques, constitue un pays source et un pays de transit ». Et cette cécité volontaire n'a pas été sans conséquence puisque « l'argent rapporté a souvent été utilisé comme capital de départ pour financer de la drogue ou des armes » (Source : Femmes dans les griffes des Aigles, éditions Labor, voir notes)

Polycriminelle et violente, la mafia albanaise bien que fonctionnant sur un mode clanique refuse néanmoins la ghettoïsation. Un trait du caractère national débouchant parfois sur des alliances surprenantes.
En décembre 2003, la note d’alerte du Département de recherche sur les Menaces Contemporaines précédemment citée, affirmait qu'à Anvers, dans la ville où les proxénètes lillois faisaient leur marché, « une association entre albanais et Hell's Angels a vu le jour dans le but d'écarter les réseaux ukrainiens et russes du marché de la prostitution. Un albanais est devenu membre à part entière des Hell's Angels (HA) et certains des HA ont épousé des albanaises... » Ces mariages célébrés au tournant des années 2000, en scellant l'alliance criminelle selon les lois du Kanun portaient en germe les dérives par la suite constatées au sein des Hell's Angels de Belgique.


Flag_of_Albania.svg.pngLe Kanun, ou code de Lek Dukadgjini (1410-1481) est une loi médiévale coutumière retranscrite au début du XXème siècle par le moine Shtjefen Gjecov. Toujours selon H. Bokhorst, ce texte est très utile pour comprendre la mentalité des criminels albanais, les règlements de compte et leur mépris à l'égard des femmes. Le « code du sang » régit de nombreux aspects de la vie (relations sociales, bienséance, honneur, mariage,etc.) et fixe notamment les lois de la Vendetta. La règle primordiale du Kanun « gjak s'hupë kurr, « le sang n'est jamais sans vengeance », domine au sein des familles (shpi), des fraternités créées par l'échange de sang (vllazni) et des clans au sens large, les fis ».

A peine plus d'une décennie après les premières alertes sur l'alliance entre Hell's Angels et mafieux albanais, le criminologue Etienne Codron va recenser, pour les seules années 2010/2013 un nombre impressionnant d'affaires criminelles impliquant les chapitres belges du club de motards. Tout d'abord, en juin 2010 est noté le démantèlement « d’un trafic d’armes lié aux Hell's Angels de Gand » suivi en  juillet 2011 de l'arrestation du « secrétaire du chapitre Coast des Hell's Angels au moment où il réceptionne un chargement de 155 kg de cocaïne en provenance d’Equateur. » En décembre 2012, 15 perquisitions s'abattent sur « les Hell's Angels Nomads Belgium de Mons : 11 arrestations dont 6 pour violences sur fond de racket. »  Enfin, en mai 2013, une opération de police contre les Hell's Angels de Charleroi aboutit à « 7 arrestations pour détention d’armes, organisation criminelle, extorsion, faux et usage de faux, et proxénétisme. »

Plus intéressant, un règlement de compte entre Outlaws et Hells Angels en Belgique à la mi 2011 n'est pas sans correspondances lointaines avec la mort d'Abdelaziz E. « En mai 2011, trois corps sont extraits d’une camionnette en partie immergée dans un canal près de Maasmechelen ». Les victimes sont « un militaire, membre des Outlaws, un hangaround (compagnon) et un support du club. » Les 3 hommes avaient eu le tort de s'approcher d'un rassemblement de Hell's Angels. L’auteur des coups de feu, Ali Ipekci, un garagiste installé en Belgique près de la frontière néerlandaise, a été condamné en février 2015 à 30 ans de réclusion criminelle. Les faits avaient été précédés en octobre 2009 d'une fusillade contre des Outlaws, à Aalbeke faisant 3 blessés dont 2 graves.

Le décès d'Abdelaziz E., en décembre 2009 à Lille s'est ainsi produit au carrefour d'univers criminels (mafia albanaise, bandes de motards criminalisées, prostitution) ayant partiellement fusionné au niveau régional. Ce que venait faire Christophe D. le long du chemin de halage au volant d'un véhicule appartenant à Claude Hermant le soir du crime est un mystère irrésolu. Selon l'avocate de Christophe D., citée par La Voix du Nord, le parquet s’apprêterait à requérir un non lieu du chef de meurtre au profit de son client.

Les passerelles entre les bandes de motards criminalisées et l'extrême droite sont nombreuses.


Dans ce puzzle, le réseau de Claude Hermant, sans être à notre connaissance profondément imbriqué avec le monde des moto-clubs offre quelques passerelles avec les Bandes de Motards Criminalisées (BMC) ; passerelles intéressantes mais, soyons clair, peu surprenantes tant les BMC sont réputées pour être un lieu de recyclage des gangs politisés violents des années 1980-1990. Ce fait est notamment souligné par Alain Bauer dans le Dictionnaire amoureux du crime, et par quelques autres auteurs.
evil skins une force une-cause un combatWilliam Deligny, dit Petit Willy, un des membres fondateurs dans les années 1980 du gang Evil Skin, où plusieurs cadres de la mouvance nationaliste autonome ont fait leurs premières armes (infra), explique ainsi dans son autobiographie qu'il a précisément choisi de porter son action de prévention contre la violence au cœur du milieu biker en raison de la porosité entre celui-ci et le mouvement skinhead, qu'il connaît parfaitement.


Exemple emblématique de ces reconversions, Régis Kerhuel, ex-skinhead, pilier des JNR et du Klan Evil Skin (il était le bassiste  du groupe de rock "support" éponyme) dans les années 1980, condamné à 20 années de réclusion en 2000 pour le meurtre de James Dyndoyal, le 18 juin 1990. Sur une plage du Havre, il avait en compagnie de comparses fait ingurgiter un mélange de bière et d'acide au jeune homme, décédé après une longue agonie. Serge Ayoub, toujours dans les bons coups, à l'époque leader des JNR et ex-membre du Klan Evil Skin, avait été accusé puis finalement mis hors de cause. Selon le site antifasciste La Horde, bien informé, Régis Kerhuel aurait rejoint à sa sortie de prison les Hell's Angels français, un moto-club dont les exploits des chapitres hexagonaux, à la réputation certes sulfureuse, sont très loin d'égaler ceux de leurs homologues d'outre-Quiévrain.


Emblème du club de motards de Serge Ayoub, le Black 7 FranceSerge Ayoub, de son coté, fréquente le milieu biker depuis les années 1990. Récemment, suite à la dissolution de ses deux mouvements, Troisième Voie et les Jeunesses Nationalistes Révolutionnaires (JNR), en juillet 2013 après la mort de Clément Méric, il a successivement fondé deux clubs de motards : les Praetoriens (2013-2015), puis les Black 7 France. (sur les activités de S.Ayoub : L’heure la plus sombre, janvier 2017).

Serge Ayoub était, au moins jusqu'en 2013, un proche compagnon de combat de Claude Hermant : création du "Front solidariste", co-organisation d'une manifestation qui a rassemblé, en octobre 2011, à Lille, la fine fleur des mouvements nationalistes autonomes et révolutionnaires ; mise en place d'une authentique Base Autonome Durable sous la direction de Claude Hermant ; Maison du peuple flamand ; etc. (voir notre infographie).


Nous retrouvons Serge Ayoub et la nébuleuse lilloise au centre de la longue enquête de Street Press sur le White Wolves Klan (WWK), un groupuscule néonazi fondé immédiatement après les dissolutions de l'été 2013 par un dénommé Jeremy Mourain.
Le White Wolves Klan, démantelé entre octobre 2014 et mars 2015, est poursuivi devant le tribunal correctionnel d'Amiens pour près de 35 délits, allant du trafic de drogues aux agressions racistes, des vols avec effraction aux séquestrations. Serge Ayoub est poursuivi dans ce dossier pour complicité de violences aggravées.

A en croire les déclarations du bras droit de Jeremy Mourain, Kévin P., le groupe avait l'ambition de « gérer la Picardie et se rapprocher des Hell’s Angels. ».

Toujours d'après les éléments du dossier d'instruction révélés par Street Press, le leader du WWK - qui peu avant son interpellation redoutait au téléphone que les enquêteurs ne fouillent « de trop près sa période lilloise, au cours de laquelle il aurait (...) tué un homme » - avait avant les dissolutions de 2013 pour parrain au sein des mouvements de Serge Ayoub un certain Yohan Mutte, skinhead bien connu dans les Hauts de France, client régulier de la Vlaam's Huis ou Maison du peuple flamand, le bar associatif créé par Claude Hermant dans la région lilloise, fermé en 2012 après de nombreux incidents, parfois violents.

 

 

 

Quand on parle du loup, on en voit la queue. Et quand on voit la queue du loup...


Les lecteurs habituels du Greffier Noir ne peuvent que constater que, dossier après dossier, coïncidence après coïncidence, la nébuleuse lilloise et une poignée de personnages tiennent obstinément la corde dans chaque dossier d'envergure touchant de près ou de loin à une certaine forme de violence politique en France ces dernières années, puisque Antoine Denevi, proche à la fois de Claude Hermant dont il a été l'employé, et camarade de combat de Serge Ayoub en tant que cadre régional du mouvement Troisième Voie, est présenté par une partie de la presse, notamment ibérique, comme le fournisseur direct des armes d'Amedy Coulibaly.

Cette information, tenant plus de la rumeur que du fait avéré si l'on se réfère aux éléments concrets aujourd'hui exposés sur la place publique, n'a jamais été confirmée par les acteurs du dossier habilités à s'exprimer dans la presse, ces derniers concédant tout au plus que l'affaire Denevi était une branche du dossier Hermant sans lien avec Coulibaly.
Rare certitude dans l'affaire Charlie Hebdo, Claude Hermant a importé - et très probablement remilitarisé comme nous le révélions ici - l'arsenal de l'assassin du 7-9 janvier entre les mois de juin et novembre 2014 tout en collaborant avec les services de renseignements de la gendarmerie.  
Autre certitude acquise, Bernard Cazeneuve a décidé d'opposer le secret de la défense nationale aux juges en charge de l’instruction sur la filière Hermant, après un avis défavorable à la déclassification rendu le 18 juin 2015 par la CCSDN.


Alexis Kropotkine, le 16 février 2017 pour le Greffier Noir.
avec Marek Bednar pour les recherches dans la presse régionale tchèque et les traductions des articles du Lidovky.cz

 

Sources utilisées pour cet article.

 

Outre les sources citées dans le corps de l'article (Le Parisien, La voix du Nord, .lidovky.cz, etc.):

 

- Femmes dans les Griffes des Aigles par Hermine Bokhorst, éditions Labor, 2003

- Un skinhead repenti devenu Swami, William Deligny, éditions de la Congrégation de l'Ordre monastique Vaisnava, 2015

- Dictionnaire amoureux du Crime, Alain Bauer, éditions, 2013

 

Notes : Les recherches dans la presse tchèque et slovaque ont été effectuées par Marek Bednar dont le travail a permis de faire remonter un grand nombre de détails sur l'affaire du 16 avril 2015, jusqu'ici inconnus. Les articles du Lidovky cités dans ce papier n'avaient fait l'objet que d’une seule brève de Radio Prague, passée totalement inaperçue et qui, malheureusement, n'établissait pas le lien avec l'affaire Claude Hermant - Charlie Hebdo. Lien semble-t-il ignoré de façon bien plus générale si l'on en croit les échos fournis sur l’instruction et la coopération judiciaire franco-tchèque dans la série d'article du Lidovky.cz.



16/02/2017
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