Le Greffier Noir, enquêtes et faits-divers

Le clan cannibal de Sawney Bean

Par Virginie Ikky,

 

Le 26 décembre 2013

 

 

Alexander "Sawney" Bean est un personnage mythique du folklore écossais, dont l'histoire est parvenue jusqu'à nous après avoir été rapportée dans le "newgate calendar", petit journal rédigé par un responsable de la prison de Newgate à Londres. Le titre fut ensuite repris sous la forme d'ouvrages publiant des biographies de grands criminels.

 

newgate.jpgLe clan de Sawney Bean, qui vécut au début du XVIIe siècle, a marqué l'histoire de la dépravation humaine, jusqu'à inspirer encore de nos jours des films d'horreur, tels que « la colline a des yeux » de Wes Craven. Cette famille qui vivait dans une grotte a choisi le cannibalisme et l'inceste comme mode de vie durant vingt-cinq ans et prônait le rejet de toutes les normes acceptées du comportement humain et de la moralité.

 

Sawney Bean était un Écossais, né près d'Edimbourg sous le règne de Jacques VI d'Écosse. Son père travaillait la terre et le fils était sans doute destiné à suivre le même travail difficile et honorable. Il découvre toutefois à un très jeune âge qu'il est plus attractif de mener une vie en marge. Il était paresseux, rusé, vicieux, et plein de ressentiment vis à vis de l'autorité de toute sorte.


016-Sawney-Bean-cave.JPGDès qu'il est assez vieux pour s'occuper de lui-même, il décide de quitter la maison et de vivre d'expédients. Il se met en couple avec une jeune femme tout aussi irresponsable et tous deux partent sur la côte écossaise de Galloway où ils finissent dans une grotte gigantesque, pénétrant plus de 1500 mètres dans le roc, avec de nombreux enroulements tortueux et de passages latéraux. A courte distance de l'entrée de la grotte l'obscurité est totale. Deux fois par jour à marée haute le passage d'entrée de la grotte est inondée. Dans ce trou sombre et humide, ils décident d'y installer leur foyer. Dans la pratique, la grotte s'est avérée être un repaire plutôt qu'une maison, et à partir de ce repaire Sawney Bean a lancé un règne de terreur qui devait durer un quart de siècle. Le plan de Sawney était de vivre de vols, et de piéger les voyageurs sur les routes étroites et désertes reliant les villages voisins.


L'argent volé n'était cependant pas suffisant car les gens de ce coin sauvage de l'Ecosse ne transportaient pas beaucoup de richesses. Sawney savait que toute tentative de vendre des objets de valeur volés prélevés sur les victimes assassinées pourrait l'envoyer à la potence. Il choisit de ne pas s'encombrer des corps et de se nourrir avec.

 

Après une embuscade sur une route voisine, il traîne le corps dans la grotte. Les membres sont séchés, salés et marinés, puis suspendus à des crochets sur les murs de la caverne. Les ossements sont empilés dans une autre partie de la grotte. Le couple se constitue ainsi un garde-manger de chair humaine. Dans ces conditions incroyables, Sawney et son épouse auront quatorze enfants, et huit petits-fils et petites-filles issus de rapports incestueux. Les enfants grandissent dans la grotte, ne reçoivent aucune instruction. On leur inculque dès leur plus jeune âge la pratique du cannibalisme et des embuscades.


Parfois, ils ont été obligés de jeter des membres humains atteints de putréfaction en dépit du salage et il arrive de temps à autre que des restes humains soient découverts. Étant donné que ces objets macabres étaient composés de membres et de morceaux de chair séchée coupées, ils n'ont jamais été identifiés, et il n'était pas possible d'estimer quand la mort avait eu lieu, mais il est vite devenu évident aux autorités qu'ils étaient liés à la longue liste des personnes disparues. A la vue de ces restes décapés et salés, les gens incrédules ont commencé à saisir le sort qui était réservé aux personnes enlevées. Les efforts déployés pour retrouver les disparus et traquer leurs assassins ont donné lieu à des arrestations et des exécutions de malheureux innocents dont le seul crime était qu'ils avaient été le dernier à avoir vu la victime.

 

sawbey.jpgLa famille grandissant, le programme d'enlèvement fut organisé à une échelle plus ambitieuse. Parfois, pas moins de six hommes et femmes seraient tombés dans une embuscade et tués à la fois par une douzaine ou plus de membres la famille. Une telle situation ne pouvait pas continuer indéfiniment. Une nuit, plusieurs membres du clan attaquent un homme et son épouse qui revenaient à cheval d'une foire à proximité. La femme est rapidement massacrée et éventrée, mais le mari va résister vaillamment jusqu'à ce qu'un autre groupe de forains ne vienne lui prêter main-forte et mette en fuite les agresseurs.


L'homme est emmené au premier magistrat de Glasgow pour décrire son expérience douloureuse. Le magistrat attendait depuis longtemps ce témoignage prouvant l'existence d'un groupe organisé de tueurs sévissant autour de Galloway et pratiquant le cannibalisme. L'affaire était si grave que ce premier magistrat en réfère directement avec le roi James VI qui se rend en personne à Galloway avec une armée de quatre cents hommes et des chiens traqueurs. Ils explorent toute la campagne de Galloway et de la côte, en vain. Un jour, non loin de la grotte, un chien, flairant la légère odeur de la mort et de la décomposition, se met à aboyer. Aux flambeaux, les hommes avancèrent prudemment, mais méthodiquement le long des passages étroites et tortueuses de la grotte. En temps voulu, ils arrivèrent à la fin de la grotte.

 

Un spectacle terrible les accueillit. Le long des murs humides des membres humains, des morceaux de corps sont suspendues en rangs comme les carcasses de viande dans une chambre froide de boucher. Ils trouvent des paquets de vêtements et des objets de valeur, y compris les montres, bagues et bijoux. Dans une caverne voisine, il y avait un tas d'os prélevés sur quelques vingt-cinq ans de sévices. Toute la famille est piégée au fond de cette grotte, sans échappatoire. La sortie de la grotte a été bloquée par des hommes armés qui ne plaisantaient pas. Ils sont arrêtés et conduits à Edimbourg, mais pas pour un procès.

 

Ces sauvages ne méritaient pas les commodités civilisés du juge et du jury. Ils ont tous été condamnés à mort de manière arbitraire parce que leurs crimes furent jugées si infâmes qu'ils s'étaient exclus de la société et n'avaient plus aucun droit.


Tous ont été exécutés le lendemain de leur arrivée, en conformité avec les conventions et procédures de ce siècle. Les hommes ont été démembrés, alors qu'ils étaient encore vivants et conscients, et ils ont été laissés à saigner à mort, surveillés par leurs femmes. Et puis les femmes ont été brûlées dans de grands feux. Aucun d'entre eux n'exprima des remords ou de repentir. Exceptés les parents, les condamnés avait tous été conçus et élevés dès l'enfance en mangeant la chair humaine, et avaient appris que le vol et l'assassinat était le mode de vie normal, élevés à accepter la grotte comme lieu de vie. Ils ont été isolés de la société, et leurs normes morales et éthiques étaient celles de Sawney Beane lui-même. Il était la figure du père et le mentor d'une petite communauté. Cette histoire pose la question de savoir quelle part de la morale est le produit de l'environnement et quelle part nous est instinctive. Les jeunes membres du clan Beane ne savaient probablement pas que ce qu'ils faisaient était mal mais ont reçu le même châtiment que leurs ainés.

 

Virginie IKKY pour  Greffier Noir



26/12/2013
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